15 ans en arrêt et 5 000 €/mois : la justice dit non à sa surprenante demande d’augmentation

Une demande hors du commun a récemment été rejetée par la justice britannique. Ian*, un salarié d’IBM en arrêt maladie depuis 2008, touche chaque mois 5 000 €, soit 75 % de son ancien salaire. Mais malgré cette rente stable, il a réclamé… une augmentation. Une requête qui suscite de vives réactions. La décision du tribunal, elle, pose des questions cruciales sur l’équité salariale, le pouvoir d’achat et le traitement des longues maladies en entreprise.

Un salarié en arrêt longue durée… depuis 15 ans

Ian travaille chez IBM au Royaume-Uni. Ou plutôt, il y a travaillé avant de devoir se mettre en arrêt maladie prolongé en 2008, en raison d’une leucémie diagnostiquée en 2012. Depuis, il bénéficie d’un plan d’incapacité d’entreprise très rare : il perçoit chaque mois 5 000 €, soit l’équivalent de 75 % de son ancien salaire. Ce dispositif pourrait lui garantir jusqu’à 1,72 million d’euros de revenus s’il reste en arrêt jusqu’à sa retraite à 65 ans.

En comparaison, en France, l’indemnisation d’un salarié en arrêt maladie est souvent bien plus limitée. Les droits cessent en général après deux à trois ans, avec un plafonnement des montants. Ici, IBM va beaucoup plus loin que les standards habituels.

Une demande d’augmentation jugée injustifiée

Malgré cet avantage, Ian a demandé que son indemnité mensuelle soit revalorisée en fonction de l’inflation, tout comme les salaires de ses collègues actifs. Il considère qu’en restant à 5 000 € fixes alors que le coût de la vie augmente, il subit une double peine : la maladie et la perte progressive de pouvoir d’achat. Sa demande reposait aussi sur la lutte contre la discrimination liée au handicap.

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Mais le tribunal du travail de Reading a rejeté sa plainte. Selon le juge, l’accord d’IBM est déjà « très substantiel » et ne constitue ni une discrimination ni une injustice. Il s’agit d’un avantage contractuel spécifique, prévu pour garantir une stabilité, pas pour suivre l’évolution salariale des employés en activité.

Une protection sociale qui interroge

Pour beaucoup, cette affaire soulève des questions complexes. D’un côté, 5000 €/mois pendant 30 ans semble très généreux. D’un autre, le sentiment d’isolement, d’absence de progression professionnelle et la perte de lien avec l’entreprise pèsent lourd.

L’intérêt du dispositif en place chez IBM, c’est de maintenir techniquement le salarié dans les effectifs, même s’il ne travaille plus. Cela lui ouvre certains droits et évite une « invisibilité sociale ». Mais il n’a pas droit à une carrière ni à des promotions. Contrairement aux actifs, son revenu est figé dans le temps.

Un débat sur l’équité entre collègues

Dans cette affaire, deux visions s’affrontent :

  • Certains jugent la demande déplacée. Comment peut-on réclamer davantage en arrêt depuis tant d’années, avec un tel montant ?
  • D’autres défendent la cause. L’inflation rogne le pouvoir d’achat ; et l’exclusion du monde du travail n’est pas un luxe, même bien indemnisé.

Le dilemme est profond. Est-ce « juste » de geler la vie professionnelle d’une personne malade pour toujours, alors que son entourage professionnel évolue ? Ou, au contraire, est-ce abusif de réclamer plus quand on touche déjà une somme très au-dessus des standards ?

Et en France, comment ça se passerait ?

Impossible, ou presque. En France, un salarié malade bénéficie de l’assurance maladie, avec un complément parfois payé par l’employeur ou une assurance prévoyance. Mais les durées sont limitées : après deux ou trois ans, la plupart sont placés en invalidité, avec une pension bien inférieure à un ancien salaire. Les montants tournent autour de 1 000 à 2 000 € par mois pour beaucoup de malades de longue durée.

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Ce cas britannique, bien que rare, met en lumière un système d’entreprise radicalement différent, basé sur la fidélisation des talents et une prévoyance interne robuste.

Le mot de la fin : une affaire plus humaine qu’économique

La justice a tranché. Ian ne touchera pas plus que prévu. Mais au-delà du verdict, ce dossier rappelle que la maladie de longue durée n’est pas qu’une affaire de chèques. C’est une épreuve de silence, d’oubli, de perte de rôle social. Derrière les 5 000 €, il y a aussi 15 ans de vie sans perspective.

Face à ce type de récits, chacun a sa lecture. Mais une chose est sûre : dans le débat sur le handicap, la maladie et le travail, il n’y a pas que des chiffres qui comptent. Il y a aussi des vies mises en pause qu’on a parfois trop vite jugées.

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Camille L.
Camille L.

Dynamique et curieuse, Camille L. traite une multitude de sujets variés allant de la décoration intérieure à l'art de vivre.